Luna Serou
Doctorante en santé publique et épidémiologie sociale à l’ASU-GHI
Biographie
Luna Serou est doctorante contractuelle en santé publique et épidémiologie sociale à l’Institut de Santé Globale (ASU-GHI). Rattachée à l'école doctorale Pierre Louis d’Épidémiologie et de Santé Publique (ED393) à l’unité ESSMA, elle conduit sa thèse sous la direction de Jean-Sébastien Cadwallader (Sorbonne Université) et d’Isabelle Galichon (Université Bordeaux Montaigne).
Son travail porte sur l’intégration de la médecine narrative dans la formation des internes en France. Depuis plus d’un siècle, le modèle biomédical s’est imposé comme cadre dominant des formations en santé, reléguant au second plan l’expérience subjective des patients. Dans ce contexte, les dimensions relationnelles et communicationnelles du soin ont longtemps été marginalisées. L'Organisation mondiale de la santé préconise toutefois une approche pédagogique centrée sur le patient, la relation et la communication. Il devient essentiel de réintroduire la parole des usagers, en s’intéressant à ce qu’ils vivent, au-delà des signes cliniques. L’intégration de cette dimension humaine conduit à ne plus envisager la maladie comme un simple diagnostic, mais comme une expérience qui transforme une vie. L’émergence du modèle biopsychosocial a ainsi contribué à remettre en question cette hégémonie, en cherchant à réduire les distances relationnelles entre soignants et patients. C’est dans ce mouvement de réouverture à la subjectivité que les humanités médicales trouvent progressivement leur place.
La médecine narrative apparaît alors comme une réponse structurante face à ces défis de santé. Initialement développée à l’Université Columbia, elle s’impose comme un levier de transformation des pratiques médicales. En mobilisant une méthodologie inspirée des pratiques littéraires, la médecine narrative vise à renforcer les capacités d’attention, d’interprétation et de réflexivité des soignants.
Cette approche contribue à replacer le récit au cœur de la relation clinique, en renouvelant les formes d’écoute et d’engagement dans le soin. La discipline connaît aujourd’hui un développement progressif en France, à travers diverses initiatives académiques et hospitalières. L’évaluation de ses effets sur les internes constitue un enjeu central, à travers l’analyse des processus de réception, d’appropriation et de mobilisation de compétences narratives.
De fait, Luna mène une étude séquentielle exploratoire auprès d’internes en pédiatrie à Bordeaux (CHU) et en médecine générale à Paris (Sorbonne Université), où sont organisés des ateliers de médecine narrative combinant lectures, écriture réflexive et échanges collectifs. Ces dispositifs constituent à la fois un outil pédagogique et un terrain d’observation privilégié, offrant la possibilité d’explorer comment les internes mobilisent et réinterprètent leur culture professionnelle, fondée sur des significations partagées.
Cette recherche prévoit également d’évaluer l’évolution - ante et post programme - du sentiment d’empathie ainsi que la perception de compétences telles que la tolérance à l’ambiguïté et à la complexité, la créativité, l’imagination et l’attention au langage. L’objectif est d’examiner la manière dont la médecine narrative façonne l’identité professionnelle des internes, contribue au développement de leurs compétences de soin et impacte leur bien-être tout au long de leur formation.
Dans le prolongement des missions de l’Institut de Santé Globale, engagé pour l’équité et l’accès aux soins, la thèse de Luna cherche à renforcer une médecine attentive aux vulnérabilités, en favorisant des pratiques professionnelles à la fois durables et centrées sur l’humain, pour le bénéfice des soignants et des patients.