Juliette Garczynski
Doctorante en philosophie de la biologie à l’ASU-GHI
Biographie
Juliette Garczynski est philosophe des sciences de formation. Elle a d'abord suivi un cursus interdisciplinaire en humanités en Classes Préparatoires aux Grandes Écoles (2019–2023) au Lycée Condorcet, suivi d'un Master en Logique et Philosophie des Sciences à l'IHPST et l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (2023–2025).
Elle a réalisé un premier mémoire en philosophie de la physique, portant sur l'indéterminisme et les interprétations de la mécanique quantique, sous la direction de Vincent Ardourel (2023–2024). Elle s'est ensuite orientée vers la philosophie de la biologie, produisant un mémoire de recherche sur les modalités de la mort et du vieillissement sous la direction de Philippe Huneman (2024–2025).
Juliette est affiliée à l'Institut d'histoire et de philosophie des sciences et des techniques (IHPST - UMR 8590) de Paris 1 Panthéon-Sorbonne, au Laboratoire de Biologie Computationnelle et Quantitative (LCQB - UMR 7238) de Sorbonne Université, et à l'Institut de Santé Globale de l’Alliance Sorbonne Université (ASU-GHI).
Elle y poursuit actuellement ces travaux en tant que doctorante à Sorbonne Université, encadrée par le philosophe Philippe Huneman et le biologiste Eric Bapteste. Ses recherches doctorales visent à construire et à développer le concept d'âge biosocial au sein d'une approche transdisciplinaire de l'évolution du vieillissement, à l'intersection de la philosophie, de la biologie et de la médecine. Il s’agit dans son travail de conjuguer un travail conceptuel avec un travail de construction de mesures de l’âge. Ses analyses philosophiques permettront, d’une part, d’interroger les présupposés à l’œuvre qui rendent difficile la définition du concept d’âge – notamment l’idée selon laquelle le vieillissement serait une propriété purement individuelle. Ses analyse biologiques, menées aux côtés de Yuping Dai, aussi doctorante au laboratoire AIRE & à l’Université de Sherbrooke, et de son directeur de recherche Eric Bapteste, d’autre part, permettraient, au moyen de méthodes de bio-informatiques, de faire du concept d’âge biosocial une mesure proprement opérationnelle, par la modélisation de profils et l’étude de leur évolution au cours du temps.
Les travaux de Juliette voudront apporter un nouveau questionnement, épistémologique, de la question suivante, a priori très simple : « Quel âge avez-vous ? ». Cette question dissimule en réalité des problèmes complexes, que cherchent à résoudre des biologistes, des médecins… et aussi des philosophes. L’âge chronologique est en effet évident : le temps qui passe est le même pour tout le monde. Mais il semble en revanche que l’on ne vieillisse pas tous de la même façon : certains semblent vieillir plus vite que d’autre ; certains, en meilleure santé. La question de départ se transforme alors en véritable problème, que cette thèse cherchera à expliciter : « Quel âge-a-t-on vraiment, si on vieillit tous différemment ? ». La difficulté de définir le concept d’âge se trouverait alors dans l’hétérogénéité des trajectoires de vieillissements, et ce sont les causes de cette hétérogénéité que son travail se propose d’expliciter, en examinant les bénéfices épistémiques de l’hypothèse selon laquelle l’individu vieillit nécessairement dans un environnement lui-même socialement structuré. Cette thèse de philosophie de la biologie veut contribuer à rendre compte du fait que la position sociale semble, même en biologie pure, impliquer des différences sur l’évolution du vieillissement.
Aussi Juliette propose-t-elle de développer le concept d’âge biosocial et d’implémenter une nouvelle mesure biosociale de l’âge. Un des enjeux de ce travail consiste à identifier des singularités, et des invariants biosociaux du vieillissement, en analysant l’exposome des individus, c’est-à-dire l’ensemble des expositions par lesquelles un individu est affecté au cours de sa vie ; par exemple, les effets de la présence de virus, de niveau de pollution de l’air, ou encore de la consommation d’alcool. Il s’agit dans ce travail de voir comment quantifier la part du biosocial dans la progression du vieillissement, et d’identifier les facteurs qui en modifient le rythme, l’accélèrent ou le décélèrent. L’objectif sera de mieux rendre compte des déterminants socio-environnementaux à l’œuvre dans la progression du vieillissement. Ce projet de thèse contribuera ainsi à améliorer l’explication de l’hétérogénéité des rythmes de vieillissements individuels, de sorte à mieux prédire les trajectoires de vieillissement. Ce travail veut proposer d’énoncer des conditions épistémologiques nécessaires à la construction d’une mesure, et éventuellement d’une horloge biosociale et environnementale de l’âge, plus complète que d’autres horloges.
Pour ce faire, il s’agira de bâtir un cadre théorique robuste à partir des problèmes fondamentaux liés aux mesures de l’âge ; les travaux de Juliette chercheront à mettre en œuvre des profils biosociaux plus perfectionnés grâce à l’intégration de données extra-génétiques dans l’analyse statistique de réseaux de co-expression de gènes. Cette thèse aidera à construire des profils en identifiant des paramètres potentiellement significatifs, et à modéliser ensuite des profils globaux d’individus qui vieillissent dans des conditions socio-environnementales particulières. Juliette participera ainsi à la définition de concepts scientifiques permettant d’étudier le vieillissement, ainsi qu’à l’analyse de données employant ces concepts.
Cette thèse permettrait ainsi de connaître mieux la partie malléable, et peut-être modifiable du vieillissement. S’inscrivant pleinement dans la continuité des objectifs de l’Institut de Santé Globale, les travaux de Juliette serviraient une meilleure prévention des facteurs - notamment structurels - qui accélèrent le vieillissement, et ainsi une promotion plus informée de ceux qui le ralentissent. Derrière les différences interindividuelles de vieillissement se cachent en effet des inégalités de santé, socio-environnementales et politiques, dont la connaissance est nécessaire pour aller vers plus d’équité dans le bien-vieillir. En outre, concevoir l’âge biologique de façon plus complète, avec ses facteurs conditionnants et leurs effets seuils, permettrait de repenser la prise en compte de l’âge dans les diagnostics bio-médicaux, pour en faire un paramètre encore plus significatif, informatif et utile.