Juliette Garczynski met l’âge biologique à l’épreuve de son contexte

Philosophe de formation, Juliette Garczynski s’intéresse à une question centrale dans l’étude du vieillissement : comment déterminer si une personne vieillit plus vite, en meilleure santé ou en moins bonne santé qu’une autre ? Sa thèse examine le rôle de l’environnement et des conditions sociales dans le processus de vieillissement et cherche à repenser, à partir de ces facteurs, la manière dont la recherche scientifique évalue aujourd’hui l’âge biologique.

Pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre projet de recherche en quelques mots ?

Je m’appelle Juliette Garczynski, j’ai 24 ans et je suis philosophe de formation. Je suis en première année de thèse à Sorbonne Université et à l’Institut d’Histoire et de Philosophie des Sciences et des Techniques. Mon projet de recherche porte sur le vieillissement en général, et sur la mesure de « l’âge » en particulier. Il se situe à cheval entre la philosophie des sciences et la biologie. En quelques mots, il s’agit d’interroger le rôle de l’environnement et du social dans la progression du vieillissement, et de voir en quoi considérer le contexte dans lequel on vieillit permet de penser à nouveaux frais la façon dont on évalue l’âge biologique. Autrement dit, l’objectif premier est de contribuer à trouver comment mesurer le fait qu’un individu vieillisse plus vite, en meilleure santé ou en moins bonne santé qu’un autre.

Pourquoi avez-vous choisi de travailler sur ce sujet et de mener votre thèse au sein de ce laboratoire ?

J’ai choisi ce sujet pour de multiples raisons : personnelles d’abord, car je me suis depuis très jeune intéressée aux questions métaphysiques relatives à « la mort » ainsi que celles qui concernent « le temps ». Or le vieillissement est un processus dont le terme est parfois associé à l’idée de « mort naturelle » – un concept que j’ai tenté d’analyser et de critiquer dans le cadre de mon mémoire de master – et qui implique aussi le passage du temps. La relation entre la mort, le temps et le vieillissement me paraît particulièrement complexe et intrigante : le sujet du vieillissement est passionnant d’un point de vue philosophique, donc, mais également du point de vue des sciences - c’est un sujet aujourd’hui sans réel consensus, autour duquel beaucoup de recherches sont faites. Il concentre également des enjeux sociétaux et politiques majeurs. En ce sens, il me paraît être un objet de recherche particulièrement stimulant et fort d’enjeux à de multiples égards : la thèse représente pour moi l’occasion d’apporter un travail vraiment conséquent à ce sujet - et de poursuivre une réflexion que j’avais déjà commencée en master de recherche.

Etre à la fois dans un laboratoire de bio-informatique (AIRE) et dans un laboratoire de philosophie des sciences (l’IHPST) me permet d’avoir accès à plusieurs perspectives et à plusieurs méthodes de recherche que ma thèse essaie de combiner. Ce cadre me permet notamment de me former à la biologie, en particulier à la bio-informatique, tout en gardant et approfondissant mon approche philosophique à l’IHPST. Ma thèse est ainsi dirigée par Eric Bapteste, qui est spécialiste de la biologie de l’évolution et de la biologie du vieillissement, et par Philippe Huneman, qui est spécialiste de l’épistémologie du vieillissement et de la philosophie de la biologie de l’évolution : leur double direction me permet d’enrichir en pratique ma réflexion de plusieurs tendances de recherche.

Après cette première année de doctorat, quelles sont les principales découvertes, compétences ou expériences que vous retenez de cette étape de votre parcours ?

Ma première année de doctorat est très riche sous plusieurs aspects : elle est d’abord pour moi une introduction au travail de chercheur, en biologie et en philosophie des sciences. Je découvre la façon dont je veux personnellement faire de la recherche – cela représente en ce sens une façon de s’autonomiser dans le travail après plusieurs années d’étude plus contraintes, mais aussi une façon d’apprendre comment travailler avec des chercheurs – par exemple, en parvenant à prendre davantage de hauteur théorique et conceptuelle. J’ai également commencé à voir la façon dont la recherche se structure dans ces deux disciplines.

Sur un plan plus technique, j’ai appris à constituer une bibliographie de travail – c’est-à-dire à faire un état de l’art sur un sujet – en sélectionnant les articles les plus pertinents, en lisant ce qui me paraît important. Je continue à me former à la biologie en lisant beaucoup de papiers scientifiques, en discutant avec les biologistes de mon laboratoire, et surtout en apprenant la bio-informatique : j’ai commencé une analyse de données, et j’apprends en ce moment à coder.

Enfin, sur l’aspect « expériences » de la thèse, j’ai notamment eu la chance de participer à un colloque en mai dernier sur « l’évolution des concepts » au séminaire Franco-Mexicain à l’UNAM à Mexico, ainsi qu’à l’école d’été de « philosophie dans la biologie et la médecine » PhilInBiomed de l’Université de Bordeaux sur la thématique du vieillissement ! Au cours de ces rencontres, j’ai pu discuter avec des personnes qui travaillaient sur les mêmes concepts que moi, et qui tentaient aussi de conjuguer sciences et philosophie : j’en ai conclu que ces expériences humaines et intellectuelles ont été vraiment importantes dans ma première étape de la thèse, tant sur le plan personnel que professionnel !


© Crédit photo : Juliette Garczynski