Luna Serou explore la médecine narrative pour repenser la formation des soignants

Doctorante au sein de l’ASU-GHI et du laboratoire ESSMA, Luna Serou consacre sa thèse à la médecine narrative et à sa place dans la formation des futurs soignants. À la croisée de la médecine, de l'anthropologie et de la littérature, elle explore la manière dont le recours aux récits peut développer les compétences relationnelles, l’écoute et l’empathie des professionnels de santé, tout en contribuant à une réflexion sur le sens du soin et le bien-être des soignants.

Pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre projet de recherche en quelques mots ?

Je m’appelle Luna Serou et j’entame ma deuxième année de thèse au sein de l’Alliance Sorbonne Université - Global Health Institute (ASU-GHI) et du laboratoire ESSMA.

J’ai toujours eu envie de croiser différentes disciplines. J’ai commencé mes études par une licence de sociologie, avant de poursuivre en anthropologie avec un master spécialisé en « Santé, Migration, Médiation ». Mon mémoire s’est construit à partir d’un travail de terrain mené au sein d’une institution psychiatrique, où j’ai suivi le quotidien de Lucie, ergothérapeute. Ce travail cherchait à comprendre comment une professionnelle de santé donne du sens à son métier et construit sa propre manière de « prendre soin ».

Ces réflexions m’ont conduite à m’intéresser à la médecine narrative. Développée au début des années 2000, cette approche poursuit un double objectif : améliorer la relation de soin en développant l’écoute et l’empathie, tout en offrant aux professionnels un espace de réflexion sur les situations de souffrance auxquelles ils sont quotidiennement confrontés. Son originalité repose notamment sur l’utilisation, dans le contexte clinique, d’outils issus des études littéraires, comme l’analyse des récits. Dans le cadre de ma thèse, je cherche ainsi à comprendre comment la médecine narrative peut s’intégrer à la formation médicale et contribuer au développement de compétences cliniques relationnelles chez les futurs soignants.

Pourquoi avez-vous choisi de travailler sur ce sujet et de mener votre thèse au sein de ce laboratoire ?

En 2024, alors que je commençais ma première année de master, j’ai appris que ma maman était atteinte d’un cancer. Depuis, je l’accompagne au quotidien en tant que proche aidante. Cette expérience m’a amenée à occuper une position assez particulière : celle d’être à la fois du côté des proches et des patients, mais aussi, dans le cadre de mes recherches, du côté des professionnels de santé. J’ai ainsi pu observer, de part et d’autre, certaines difficultés qui traversent aujourd’hui notre système de soins : le manque de communication, l’épuisement, la surcharge des services, l’attente et l’incertitude des résultats, mais aussi, parfois, le sentiment de ne pas être suffisamment entendu dans notre vécu de la maladie. Ces expériences m’ont amenée à réfléchir à la manière de mieux accompagner les personnes confrontées à la maladie, tout en prenant en compte la réalité et les contraintes de celles et ceux qui les soignent. Quelques années plus tard, la découverte de la médecine narrative est venue faire écho à ces réflexions personnelles. J’ai alors rencontré Jean-Sébastien Cadwallader et Isabelle Galichon, avec qui les échanges autour de cette approche ont progressivement fait émerger mon projet de thèse, qu’ils encadrent aujourd’hui.

Concernant l’Institut de Santé Globale, mon sujet s’inscrit pleinement dans leurs missions, notamment dans leur engagement en faveur d’une santé plus équitable et d’une amélioration des prises en charge. Ma recherche s’intéresse à la manière dont la formation des soignants peut participer à l’émergence de pratiques de soin plus durables. Cette réflexion fait également écho aux travaux développés au sein de l’équipe ESSMA.

Après cette première année de doctorat, quelles sont les principales découvertes, compétences ou expériences que vous retenez de cette étape de votre parcours ?

Durant cette première année, je me suis consacrée au premier axe de ma thèse : évaluer l’impact d’ateliers de médecine narrative, mis en place en pédiatrie au CHU de Bordeaux, sur le bien-être des internes, en comparant leur état avant et après leur participation. Les premiers éléments qui se dégagent de l’étude montrent que les internes investissent ces ateliers de différentes manières : ils peuvent y trouver un espace de partage, d’apprentissage et de créativité, tout en étant parfois confrontés à une expérience qui les déstabilise ou les met au défi. Cette approche répond à un besoin de donner davantage de sens à la formation et au métier, au-delà de l’acquisition de compétences techniques, en ouvrant un espace pour explorer une dimension plus sensible et subjective du soin. Ils mettent également en évidence certaines tensions : dans une culture médicale encore largement centrée sur la performance et l’efficacité, la place accordée à ces dimensions peut susciter à la fois de l’adhésion et des formes de résistance.

J’ai aussi pu développer et consolider de nouvelles compétences, tant dans la mise en œuvre de la recherche que dans l’analyse et la valorisation de mes résultats. J’ai eu l’opportunité de participer à plusieurs congrès et séminaires, au cours desquels j’ai présenté mes travaux et échangé avec des chercheurs et des professionnels autour des enjeux liés à la formation en santé.


© Crédit photo : Luna Serou